vendredi 21 septembre 2007
Sur les nerfs
Petit con, va.
1. Je me syndique, par principe.
2. Je fais grève
3. Je subjectivise les apprentissages (à gauche). Morale humaniste et résistance à la pensée télévisuelle. Plus de course aux résultats.
vendredi 31 août 2007
coup de chapeau à l'EN
20 ans
mercredi 29 août 2007
brève
mardi 28 août 2007
19 ans
lundi 20 août 2007
la diète est finie
Je viens de faire une diète de six jours. Pas fait exprès, pas envie. Le silence. La solitude. Au début, c’est galvanisant. Je ne sentais rien de particulier, si ce n’est... une incroyable légèreté. Je bossais très activement. Puis, progressivement, c’est arrivé. Le tournis, le cerveau qui tourne au ralenti. Même plus capable de faire des mots fléchés niveau 2. Et des insomnies. Et mes côtes flottant dans le dos.
Elle rentre ce soir. C’est fini tout ça.
Elle rentre enfin. Je ne suis même pas sûre de son visage, de son regard. Je ne suis même pas sûre de ses mains. Je sais que c’est elle. Quand nous parlons au téléphone, quand je la lis, je la sais. Quand nous parlons de l’avenir, je la vois comme aujourd’hui. C’est elle, je le sais, mais je ne vois pas ses yeux.
Et je sais que c’est elle pour après et encore après. Je la respecte. Je sais ce que cela signifie maintenant. Ne jamais avoir ce sentiment que je la méprise, ne jamais avoir ce mot aux lèvres : con. Elle me donne cette confiance extraordinaire qui me rend libre. Une bienveillance éternelle. Je ne crains rien. Tant qu’elle est là, je peux tout faire. Je peux conduire, affronter une réunion de parents, être consciente, sans tomber dans les bas-fonds, que je travaille tous les samedis matins jusqu’au mois de mars. Elle ne me dit pas : tu fais un métier de merde qui nous empêche d’être ensemble. Elle ne me dit pas : c’est de ta faute si nous ne construisons rien. Elle me respecte. Elle me dit simplement : ça va aller, je pourrai me lever tôt comme ça et faire des choses. Elle prend en compte mes conseils et les mots que je lui dis. Elle m’écoute quand j’essaie de la protéger. Elle m’écoute quand je suis angoissée. Avec elle, il n’y a pas d’histoires, juste une grande histoire silencieuse. Peuplée de martiens bien à nous que nous ferons pousser dans le calme et la verdure et que nous rendrons à la vie et à la ville une fois adultes. Je l’aime. J’aime nos discussions, j’aime nos projets, j’aime la façon qu’elle a de me chercher, j’aime me blottir contre elle et sentir son ventre sous ma main. J’aime la regarder écrire. Elle m’apaise. J’aime sa fidélité et ses silences. J’aime que ce soit moi dans sa vie. J’aime nos rêveries et nos voyages, nos marches. J’aime quand elle est tout à coup décidée et enthousiaste et soudain tourmentée. J’aime dessiner un sourire sur sa bouche à l’envers. Je la vois comme un funambule marchant sur son filet de protection. Je la vois comme Mario Bros évitant les vides dans un jeu linéaire de notre enfance. J’ai pour elle un amour léger et pur.
Et c’est bien comme ça.
mercredi 18 juillet 2007
insomnie
Je porte un casque.
Pour m'épuiser, je fais l'inventaire des pensées.
Je file droit vers Chennai. Quand Claire couchait avec celui qui est devenu son mari, elle le faisait au-dessus de ma chambre. Je ne l'oublierai pas.
Je ne veux pas qu'on impose un service minimum en cas de grève dans les écoles. C'est déjà plus ou moins le cas. Je ne fais pas grève pour cette raison d'ailleurs : les scrupules. Lalala.
Elle est belle quand elle porte des couleurs claires. Quand elle me regarde. Belle voix. Beaux yeux. Je suis amoureuse. J'ai confiance. Je l'admire et la respecte. Je flippe pour la voiture cet été. Ca fait des années que je n'ai pas conduit.
J'ai revu une photographie d'il y a cinq ou six ans où l'on voit Claire sous la pluie. Noir et blanc. Du cinéma des années 50. Elle est belle. Je voulais dire à Ma : regarde, je lui coupais bien les cheveux, elle n'était pas si moche...
J'ai ri. Une photo de Caroline. Elle fait une grimace. Maintenant, ça me fait rire.
J'ai gardé d'Hélène son parfum. Miss Dior. J'avais demandé à Bérengère : c'est quoi cette odeur ? Elle avait poussé un grand AH. Souriant.
De Max des fantasmes, la bite la plus grosse du monde. Genre, c'est moi qui l'aurais.
De Laura le goût des intellectuelles dodues, buvant du vin rouge en parlant Brecht. Entre deux répétitions du réquiem de Brahms.
Les méduses utilisent le même orifice pour manger et chier.
A la fin du film The Bubble, j'ai eu un gros chagrin dans le cinéma. Grosses larmes chaudes. Tel Aviv, la bombe, tout ça, l'amour impossible, les frontières qui éloignent. Je voulais dire à Chloé... Tellement de choses. Je ne sais pas. Pleurer devant elle peut-être. J'écoute "So young", de Suede, l'un des derniers titres écoutés là-bas. A Gaza. Dans sa chambre, ce fut "Glory days". Pulp. Ces titres me donnent la nausée. Au début, par exemple, nous écoutions souvent Paradise Lost.
J'ai beaucoup repensé au film depuis samedi. Réécouté de nombreuses fois "Song to the siren" dans toutes les versions.
jeudi 12 juillet 2007
chronique d'un échec
mercredi 6 juin 2007
déjà la fin
mercredi 30 mai 2007
pot-pourri
Elle m'annonce ça par téléphone et, drôle de réflexe, je me jette sur le repassage. Des chemises, toujours des chemises. Les siennes sont vastes. Plus encore que celles de papa. J'aime les tissus propres, un peu rêches parce que lavées sans adoucissant. Elle rentre. Thé. Discussion et câlins à la saveur de thé Lipton. C. n'en buvait pas. Ainsi je suis revenue où je devais être. Avec quelqu'un qui boit du thé. Enfin... C'est idiot. Elle disait qu'elle avait l'impression d'embrasser un cendrier. Maintenant me voici théière à entretenir.
Je lis Rendez-vous de Christine Angot. Mon ami Mohan doit avoir gardé dans la mémoire de son portable cette photo de nous deux où elle me passe le bras derrière les épaules. Maintenant, il me demande toujours en riant : et Christine, elle va bien ? Ce jour-là, il m'avait aussi immortalisée à côté de Michel Butor. Mohan est Indien. Il ne sait pas pour La Métamorphose. Il ne sait pas pour Ardisson. Il rit tout le temps pour éviter de pleurer. Il demande aux gens : je peux prendre photo ? Comme ça, sans préposition. Et ça marche. Le livre est nul. J'arrête à la page 60. C'est terminé : la vie est courte. Plein de livres encore à découvrir, choisis avec soin, s'ennuient sur l'étagère de mon appartement, celui où je ne suis jamais.
Elle va se reposer. Elle est malade. Vient enfin d'aller chez le médecin. Dépassement d'honoraires outrancier. Le prix du médecin dans les beaux quartiers rejoint celui du médecin urgentiste de garde un jour férié. En contrepartie, elle a deux jours d'arrêt. Finalement, c'est toujours la sécu qui claque.
lundi 28 mai 2007
les cigarettes volées
Moi qui fus capable d'engloutir 500 euros en deux jours (dans je ne sais quoi à vrai dire), je suis cynique. Je m'en fous, je m'en fous. Na. Cynique. Des lumières qui clignotent, des bruits de jetons qui ne tombent jamais pour nous. Des trucs qui glissent dans les cuvettes des toilettes, des cadeaux qui ont fait plaisir... Nous y voilà. Principe de plaisir. Caprice. Depuis une semaine, j'allume des cigarettes que je ne fume pas. Je tire et je n'aspire pas. Comme je le faisais dans cette maison à Koweït, quartier de Jabriya, celui des résidences d'ambassadeurs, des parents d'un pote aussi qui bossaient chez Thomson. Quartiers d'adultes en réception et de progénitures à l'abandon.
J'ai, quoi, 14 ans (il y a quinze ans, en somme), et je traîne avec Diane et Stéphanie. C'est le troisième trimestre de l'année scolaire. Mais pas tout à fait le bout puisque je traîne encore avec elles. On joue les cleptomanes. Isolées ou ensemble. Je dis qu'on y joue : ça m'est passé.
A cette époque, je rangeais mes trophées dans un tiroir. Les portes électroniques commençaient juste à flanquer les entrées. Dans les grandes surfaces d'abord. Mais là-bas, c'était encore le système de surveillance par caméra qui était utilisé. On volait n'importe quoi au début : des crayons, des sucettes, des lampes de poche, des bracelets, des radios. Certains du lycée volaient des tee-shirts dans les cabines d'essayage. Je trouvais ça naze. Mon boulot, c'était l'inutile. Fallait pas empiéter dans les plates bandes des gens pauvres qui volent pour bouffer. Je n'aurais jamais volé un poulet. Ensuite, c'est devenu plus ciblé : il me fallait des clopes. Ca faisait deux délits intéressants : le tabac et le vol. Elles devaient être assorties de tout le tintouin du crapoteur débutant : allumettes, déodorant et chewing-gums. On en avait plein les poches et on sortait du Sultan Center en se marrant comme des cons. Des connes, en l'occurence.
A Jabriya, devant chez Diane, il y avait une énorme villa abandonnée cause de guerre, très tentante du même coup pour des raisons purement historiques. Voire romantiques. Oh ! Il y avait peut-être des mines là-dedans, peu importe, nous on ne faisait que passer derrière des soldats irakiens. On voulait reconstituer la vie de la famille qui avait vécu là en suivant leurs traces. A l'extérieur, on les imaginait dans la piscine à double niveau, maintenant tapissée de feuilles d'acacia, gardés la nuit par deux chiens pourrissant au soleil dans les allées. On se fait des frayeurs. On est là. On est trois. Il y a des intrigues entre Diane et Stéphanie. Je perds Diane au profit de Stéphanie. Tant pis. On est encore là. On a volé ensemble à la bakala du coin et maintenant il faut consommer. Avant, on visite la maison. Quel dédale ! Je me souviens d'une salle de cinéma aux sièges de velours rouge maculés de boue. On y a trouvé quelques bobines de films, pas des Super 8, des 16 mm, des trucs de pros. J'en ai encore quelques centimètres chez moi. Un homme en marcel blanc en train de bouger les mains. Un Egyptien sans doute. On s'attendait à des trucs de cul. On a tout déroulé. En vain. Je me souviens surtout des étagères défoncées dans les chambres des enfants ; des jouets épars et des photos dispersées. Je n'ai pas pris de photos. Juste un livre. Un livre d'enfants, en anglais.
A chaque fois qu'on touchait un truc, il nous semblait déranger des esprits. Je pensais qu'on allait se faire enfermer là-dedans et violer toutes les trois, puis tuer. En vain.
La visite s'achève, on se retrouve intactes sur le perron, à l'abri des regards de la rue. Et on crapote, et on crapote. On se tartine de chewing-gums, on s'arrose de déodorant tonalité "fleurs de la passion". Bref, on a des odeurs de putes. Et quand on s'asseoit dans les voitures parentales, on fait profil bas. On a volé n'importe quelles cigarettes, des trucs que je n'ai jamais fumé depuis : des longues, noires, des courtes, brunes, des à la menthe, des à la pêche, n'importe quoi.
Un jour, mon père a trouvé une clope cassée dans la poche de ma veste. Et mon histoire avec la cigarette s'arrêta net. Il a fallu attendre deux ans pour que je m'y remette, avec beaucoup plus de maturité et de volonté : ma fille, tu fumeras chaque jour une cigarette, en t'appliquant (oui, le mot est écrit sur mon journal de l'époque), c'est-à-dire en avalant, et tout ira bien. Je fumais à la fenêtre. Vers minuit. Il faisait chaud dehors. Froid dedans. Je prenais garde de bien tenir le rideau. J'ai encore sur la joue la sensation de frottement. Et la voix de mon père qui parfois lançait un : "qu'est-ce que tu fais ?"
