vendredi 21 septembre 2007

Sur les nerfs

C'est de l'exploitation de bosser 9h par jour, 6 jours et demi sur 7 pour 1512 euros ? C'est de l'exploitation d'avoir la responsabilité morale et physique de 29 gamins 6 heures par jour pour 1512 euros ? HEIN ?! Oui.

Petit con, va.

1. Je me syndique, par principe.
2. Je fais grève
3. Je subjectivise les apprentissages (à gauche). Morale humaniste et résistance à la pensée télévisuelle. Plus de course aux résultats.

vendredi 31 août 2007

coup de chapeau à l'EN

Je viens d'apprendre que j'ai un CE2, jamais fait de cE2, un an d'expérience, et je commence lundi. Et surtout ni les élèves ni les parents ne doivent l'apprendre. Et puis je suis inspectée cette année...
Aucun stress voyons, tout va bien. Les CE2 ce ne sont que des CE1 après les vacances, donc presque des CP en fait... Mmh.

20 ans

Ciel bleu ce matin. Laurence a repris les cours.
Hier soir, nous avons vu la Tour Eiffel de nuit. Nos mains se sont retrouvées, transies de froid, sous mon pull, nos deux corps reposant sr un banc dans un jardin d'enfants, en face des Invalides. Avant. Devant la Maison du Japon, je le dis qu'il faut absolument qu'on me parle de ce qui ne va pas chez moi en ce moment, parce que je perds les pédales. Elle s'irrite contre moi. Parce que je n'ose rien faire, parce que j'avance et recule immédiatement après, parce que j'ai peur des choses simples. Elle me reproche de vivre dans mes bouquins et mes théories, de ne pas tenter toutes ces expériences moi-même. Elle rejoignait ce que j'avais écrit la veille. Elle m'a prise dans ses bras, dans la rue, une rue.
¤
Hier soir, dans le noir volontaire de ma chambre, avec seule, la silhouette de mon "homo-paravent" qui se profilait contre mon vasistas, et Belly comme musique...
Etait-ce à cause des deux bières bues dans un bar de supporters de rugby à Anvers ? Etait-ce parce que je lui avais écrit que je ne voyais pas en quoi on pouvait prendre de l'intérêt à passer du temps avec moi ? Je ne sais. Laurence m'a fait "un enfant de l'âme". En une heure j'ai eu envie de rire, de pleurer. J'ai eu peur. J'ai plané, j'ai eu des crises de joie et d'angoisse. J'ai connu l'attente et la panique, la plénitude et le frisson. Eu envie de la rejeter tout à coup puis de l'embrasser. J'avais l'impression que nous faisions l'amour. N'ai pas brillé par mon esprit d'initiatives. J'ai plongé après m'être laissé guider. Les mains, les bras, les épaules, la nuque, le dos, la tête, le visage... Le visage, c'est ma peur, car c'est l'objet de mon désir. Elle avait les mains douces. Les miennes, mains de petite vieille, abîmées.
Mon front, mon visage, peur que de ses doigts elle frôle mes lèvres. Elle n'en fait rien et je souris. Je nous fais un thé, je mets Barbara. Toutes lumières éteintes. Je ne lâche pas sa main.
Je lui ai dit que j'étais morte de trouille, que je ne devais pas parler, mais je le faisais quand même, tant pis, je m'en fous, il faut que je lui dise où j'en suis. Je l'ai surprise en train d'apprendre mon corps. Comme Chloé et moi faisions.
Je me demandais si, pour elle, c'était la bière, et jusqu'où allait-elle aller. Est-ce qu'elle ne se rendait pas compte que ce qu'elle faisait était au-delà de toute norme ? Pourquoi hier soir cela ? Pour la curiosité ? Je n'en avais pas, parce que je sais ce qu'il y a après, et encore après. Je repensais à la première nuit avec Chloé, quand il y a eu contact. Non, rien à voir. Je lui avais fourré les doigts dans la bouche parce que je sentais que nous aurions pu nous embrasser.
Je lui ai dit que j'avais senti la trop fameuse frontière, que nous l'avions frôlée. Elle, elle n'a rien dit. Sinon quelque chose qui voulait dire : j'ai senti que tu avais besoin de contact en ce moment, alors...
"Qu'est-ce qu'on peut bien faire après ça ?" Laurence fermait les yeux quand elle me caressait. Ce n'était pas des caresses sororales, je pourrais le jurer.
¤
Les bières l'avaient un peu excitée, je me souviens de ses gazouillis entre le bus et le métro. Elle se sentait joyeuse. Et moi, j'avais réussi à rire.
Elle m'a revue cet après-midi, elle a donc bien voulu me regarder encore en face. Nous n'avons pas reparlé de la nuit dernière. Pour quoi dire ? Pour poser des questions sans réponse aux quatres coins de nos paradis, sur de petits coussins déjà trop encombrés.

mercredi 29 août 2007

brève


Mercredi 21 octobre 1998, au sommet de Wye Plantation dans le Maryland, Yasser Arafat a offert un bouquet de fleurs à Benjamen Nétanyahou pour son 49e anniversaire.

mardi 28 août 2007

19 ans

Vu Chloé hier. Bizarre journée de gueule de bois après une bouteille de Vodka descendue avec Amina, le soir de mon arrivée. Hier, nous avons beaucoup marché, jusqu'à ce que je ne me sente plus très bien. J'ai un peu exagéré le truc. Je n'en pouvais plus de mille trucs à la fois. Mal à l'aise avec Amina, pensé à Chloé, toujours le sentiment que je vais rencontrer quelqu'un que je connais... Le tout avec le mal de crâne et les jambes pâteuses, les quatres heures de mauvais sommeil.
¤
Une semaine plus tard.
Train pour Toulouse.
¤
"Difficile", "chti bébé", "transcendant", "méga trop cool", magic top cool", "ça me fout la gerbe", "j'hallucine"...
Comment décrire tout ce que j'ai vu et ressenti avec des mots. Avec des mots vrais. J'ai une boule dans le ventre. Treize, quatorze, douze jours. Est-ce important ? Et ses mains le vendredi 27 après avoir vu Chloé. Ou plutôt, cette nuit-là, sa main. Inerte. "Stop". "Est-ce qu'on peut... Comment dire... Est-ce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire avec des mots, mais qu'on peut dire avec des gestes ?" "Oui" "Donne-moi ta main alors". Je ne m'y attendais pas, n'y pensais pas. Mais effusion de bonheur. Une main. Lâche, grande. Le surlendemain, bouger avec les mains. Les deux. Merci Laurence, mon coeur te le crie. Danser. "L'autre jour, j'ai eu peur parce que tu as une drôle de façon d'agir avec tes mains". C'est vrai, j'aime les mains. Tu ne dors pas ? Pourquoi ? "J'ai peur que tu attendes quelque chose". Réfléchis à ce que tu fais, Laurence Deux amies qui se caressent les mains, c'est anormal ? "T'es comme ma soeur". Mais je ne peux pas être comme ta soeur. Pourquoi ? "J'ai dit que tu étais comme ma soeur, je n'ai pas dit que tu étais ma soeur, tout est clair pour moi".
J'ai envie. J'y pense toute la journée. "Ceci est une drogue". Par rapport à qui ? A toi ou aux autres ? A moi, c'est sûr. Toi ? Je ne sais pas. Enfin, si, je sais. Qu'est-ce que tu sais ? Je ne sais pas. Je ne sais jamais rien. Ce n'est pas ce que tu crois ! Ce n'est pas ce que tu vois. Tu ne sais pas ce que je crois. "Tu crois en l'amour ?" "Comme toi". Comme toi. Quand tu imites, tu voles une partie des gens. Pourquoi j'imite ? Pour me fondre dans la personne. Quand l'observation ne suffit plus. Pourquoi tu me regardes ? Pas de réponse. Ca te gêne ? Un peu. Arrête de me regarder, toi. Très bien, je ne regarde plus. Ai-je vraiment une "super belle voix" ? Pourquoi tu es aggressive comme ça ? Je ne m'en rends pas compte. Arrête de t'excuser tout le temps. "Qu'est-ce que tu fais ?", "qu'est-ce que tu racontes ?", "c'est tout ce que tu dis ?".
Le train va démarrer. Vite. La pléthore de gestes. Qu'est-ce qui se passe. Là, tu vois, maintenant, je me dis que... j'aimerais poser ma tête sur ton ventre. Un petit élan de la main. "Stop". Non. C'est catégorique. Mais ça se réalise.
Deux corps symétriquement allongés face à face, sur le côté, les genoux repliés. Donne tes mains. "C'est un art ? Oui ?" C'est une chorégraphie. Ca se voit tant que cela que je n'attendais que ça ? Que je n'attends que ça de tout le monde ? Rien d'autre. Pourquoi as-tu l'air triste ? C'est naturel. Je pensais que tu souffrais et je voulais t'aider. Tu le fais donc par générosité ? Non. Si. Ca me fait plaisir de t'aider. Si je le fais, c'est que je le veux. Serre-moi dans tes bras. Enveloppe-moi complètement. Heureuse de t'avoir trouvée. Si sereinement finalement. Pourquoi s'en faire ? Pourquoi ? C'est si simple pourtant.
Je voudrais dormir. Dormir pour oublier que je pars. Reste. Je voudrais rester. Rien n'est chamboulé. Et si je la revois ? Si je la revois, on se donnera la main de nouveau. Elle et moi comme deux soeurs. Dire "je ne sais pas" jusqu'à ne plus pouvoir le dire. Est-ce que tu cherches quelqu'un d'autre que Chloé ? Non. Chloé est intouchable. Elle est là en moi et je ne la remplace pas. Mais je cherche toujours, oui. J'attends. Maman, "ma main, cette serre". Gouttes de thé. Je la baptise. C'est une caresse. Au plus près de la peau.
"C'est indicible". Je voulais lui faire mal l'autre nuit. Rentrer mes ongles comme des griffes dans les monts de sa paume. La main de Laurence, grande, immense. Pas eu le désir de l'apprendre. Comme si je la connaissais. Repris la main de Chloé. Je la connais bien. La mienne me paraît désarticulée. Un art ? Un langage aussi. La main de Laurence caresse continuellement. Et quand on frôle ? Elle l'a fait à plusieurs reprises. C'est très doux. Envie de me recroqueviller contre elle. Je le fais. Je ne l'aime pas. Tout est calme. Je l'aime. Pas d'amour. C'est serein. Doux. Je le lui ai dit.
¤
Après Brive... Après Brive, c'est Toulouse. Gare, métro, marcher. Dormir sans elle. Elle va dormir dans son lit. Son vrai lit. "Stop" "Je passe" "C'est pas juste". Je comprends. Qu'est-ce que tu comprends ? Tout. "Tu me fais peur". Pourquoi ? Je te le dirai si tu passes "Ridiculous Thoughts" des Cranberries. Dis-moi pourquoi je te fais peur ? Ah ! Tu t'en souviens ? Tu es intuitive. Ou alors tu t'es habituée à mes allusions constantes. Tu y fais attention. Tu me prêtes ton attention. Jusqu'à quand ? Y a-t-il toujours quelque chose à apprendre de quelqu'un ? Je ne lui ai pas demandé. Il reste encore beaucoup de choses à dire et à faire. Aller au bois. Pigalle. Bar de lesbiennes. Faire des crèpes. Voir l'expo de Munch. Est-ce que tu aimes les cobayes ? Pourquoi tu me demandes ça ? Pour rien. Tu es fatiguée, Laurence. Tes yeux sont cernés, ton pas est lourd.
¤
Une bougie. Rouge. Ou bleue. Jaune chez moi qui m'attend. Tire sur les doigts. "Quand tu plisses les yeux, tu vois deux personnages qui lèvent les bras, tu les vois ?" Tu étais belle cette nuit-là, le visage au-dessus de la flamme. Tu m'as dit "stop". Dors, Laurence. "Tu manges rien". Occupe-toi bien de toi, de ta peau, de tes cheveux, de tes ongles. Je vais acheter une bouteille de Smirnoff aussi. Il me faut juste du cran pour être comme ça.
Mes yeux sont tristes ce soir. Je me regarde dans la vitre du train. Derrière, un tunnel infini, noir et opaque. Je n'ai pas pleuré. Mal au ventre. Mal à la jambe gauche. Je veux ses ondes. Tes mains diffusent beaucoup d'énergie. Impossible de dormir quand elles sont liées. Elle a rapproché ton lit cette nuit. Comment dormir si l'on fait contact ? Trop. Coeurs battants. Excitation. Pourquoi es-tu si nerveuse ? Thrilling, thrilling !!
J'ai déchiré un bout d'affiche du concert de Louise Attaque à la station Porte d'Orléans - ou Alésia ?
¤
Le 6 avril, je notais : Le mot silence devrait être du genre féminin, ce serait tellement plus beau phonétiquement de dire : lasilence.
C'est encore vrai.
¤
Ma propriétaire de 92 ans a fait venir les plombiers car nous n'avions plus d'eau depuis deux jours. Elle est sortie es disant : tout s'arrange... à part la mort !
Plus tard, je ris seule, plusieurs fois, en lisant Le Père Goriot quand, à la page 54 de l'éd. de Poche, je lus cette phrase : "Mademoiselle Taillefer coula timidement un regard sur le jeune étudiant". Dans ma tête, je lisais : Mlle Taillefer coula un bronze sur le jeune homme...
Parce que j'avais le XIX au programme, je lus Germinie Lacerteux des Goncourt et savourais cette phrase exquise : "Le ciel était plein de cette lumière d'une nouvelle vie, adorablement triste comme la terre encore dépouillée, et si tendre qu'elle pousse le bonheur à pleurer".
¤
Brève
Béatrice de Beyrouth, hospitalisée pour des bleus, a porté plainte contre Antoine, son époux, qui avait rapporté du Viagra des Etats-Unis et pris trois comprimés d'un coup.
¤
Evidemment, j'ai déménagé à Paris l'été suivant.

lundi 20 août 2007

la diète est finie

Deux heures que je suis debout et toujours du sable dans la tête. Un torticolis digne des commères de mon village me donne une sorte de hauteur douloureuse. Il pleut. Il pleut. Il pleut. Je bois du thé à la cendre. Je veux arrêter de fumer. J’en peux plus de cette haleine de chacal. J’en peux plus de cette odeur de clodo dans l’appart. J’en peux plus de suer du cendrier mouillé. Ca me sort de partout cette merde. Ca me monte à la tête, ça fait des trucs bizarres dans mes intestins, ça en vient même à me lasser.
Je viens de faire une diète de six jours. Pas fait exprès, pas envie. Le silence. La solitude. Au début, c’est galvanisant. Je ne sentais rien de particulier, si ce n’est... une incroyable légèreté. Je bossais très activement. Puis, progressivement, c’est arrivé. Le tournis, le cerveau qui tourne au ralenti. Même plus capable de faire des mots fléchés niveau 2. Et des insomnies. Et mes côtes flottant dans le dos.
Elle rentre ce soir. C’est fini tout ça.
Elle rentre enfin. Je ne suis même pas sûre de son visage, de son regard. Je ne suis même pas sûre de ses mains. Je sais que c’est elle. Quand nous parlons au téléphone, quand je la lis, je la sais. Quand nous parlons de l’avenir, je la vois comme aujourd’hui. C’est elle, je le sais, mais je ne vois pas ses yeux.
Et je sais que c’est elle pour après et encore après. Je la respecte. Je sais ce que cela signifie maintenant. Ne jamais avoir ce sentiment que je la méprise, ne jamais avoir ce mot aux lèvres : con. Elle me donne cette confiance extraordinaire qui me rend libre. Une bienveillance éternelle. Je ne crains rien. Tant qu’elle est là, je peux tout faire. Je peux conduire, affronter une réunion de parents, être consciente, sans tomber dans les bas-fonds, que je travaille tous les samedis matins jusqu’au mois de mars. Elle ne me dit pas : tu fais un métier de merde qui nous empêche d’être ensemble. Elle ne me dit pas : c’est de ta faute si nous ne construisons rien. Elle me respecte. Elle me dit simplement : ça va aller, je pourrai me lever tôt comme ça et faire des choses. Elle prend en compte mes conseils et les mots que je lui dis. Elle m’écoute quand j’essaie de la protéger. Elle m’écoute quand je suis angoissée. Avec elle, il n’y a pas d’histoires, juste une grande histoire silencieuse. Peuplée de martiens bien à nous que nous ferons pousser dans le calme et la verdure et que nous rendrons à la vie et à la ville une fois adultes. Je l’aime. J’aime nos discussions, j’aime nos projets, j’aime la façon qu’elle a de me chercher, j’aime me blottir contre elle et sentir son ventre sous ma main. J’aime la regarder écrire. Elle m’apaise. J’aime sa fidélité et ses silences. J’aime que ce soit moi dans sa vie. J’aime nos rêveries et nos voyages, nos marches. J’aime quand elle est tout à coup décidée et enthousiaste et soudain tourmentée. J’aime dessiner un sourire sur sa bouche à l’envers. Je la vois comme un funambule marchant sur son filet de protection. Je la vois comme Mario Bros évitant les vides dans un jeu linéaire de notre enfance. J’ai pour elle un amour léger et pur.
Et c’est bien comme ça.

mercredi 18 juillet 2007

insomnie

Il est tard. Ou bien tôt, je ne sais plus. Je suis déjà renversée vers demain, telle de la vase que l'on filtre, d'une main à l'autre. J'écoute Goldman. "Doux". Je meurs de faim.
Je porte un casque.
Pour m'épuiser, je fais l'inventaire des pensées.
Je file droit vers Chennai. Quand Claire couchait avec celui qui est devenu son mari, elle le faisait au-dessus de ma chambre. Je ne l'oublierai pas.
Je ne veux pas qu'on impose un service minimum en cas de grève dans les écoles. C'est déjà plus ou moins le cas. Je ne fais pas grève pour cette raison d'ailleurs : les scrupules. Lalala.
Elle est belle quand elle porte des couleurs claires. Quand elle me regarde. Belle voix. Beaux yeux. Je suis amoureuse. J'ai confiance. Je l'admire et la respecte. Je flippe pour la voiture cet été. Ca fait des années que je n'ai pas conduit.
J'ai revu une photographie d'il y a cinq ou six ans où l'on voit Claire sous la pluie. Noir et blanc. Du cinéma des années 50. Elle est belle. Je voulais dire à Ma : regarde, je lui coupais bien les cheveux, elle n'était pas si moche...
J'ai ri. Une photo de Caroline. Elle fait une grimace. Maintenant, ça me fait rire.
J'ai gardé d'Hélène son parfum. Miss Dior. J'avais demandé à Bérengère : c'est quoi cette odeur ? Elle avait poussé un grand AH. Souriant.
De Max des fantasmes, la bite la plus grosse du monde. Genre, c'est moi qui l'aurais.
De Laura le goût des intellectuelles dodues, buvant du vin rouge en parlant Brecht. Entre deux répétitions du réquiem de Brahms.
Les méduses utilisent le même orifice pour manger et chier.
A la fin du film The Bubble, j'ai eu un gros chagrin dans le cinéma. Grosses larmes chaudes. Tel Aviv, la bombe, tout ça, l'amour impossible, les frontières qui éloignent. Je voulais dire à Chloé... Tellement de choses. Je ne sais pas. Pleurer devant elle peut-être. J'écoute "So young", de Suede, l'un des derniers titres écoutés là-bas. A Gaza. Dans sa chambre, ce fut "Glory days". Pulp. Ces titres me donnent la nausée. Au début, par exemple, nous écoutions souvent Paradise Lost.
J'ai beaucoup repensé au film depuis samedi. Réécouté de nombreuses fois "Song to the siren" dans toutes les versions.
Mon briquet sent le gaz. De toute façon, je fume trop.
Je n'arrive même pas à paramétrer le widget de Blogmusik, et de toute façon, ça ne m'intéresse plus. Sauf si bien sûr quelqu'un m'explique pourquoi "undefined" s'affiche sur le lecteur...
Pour la rentrée prochaine, je n'ai même pas ouvert la boîte aux lettres ce matin. Acte manqué.
Ignac le Coréen ressemble à un vieux Kiki.
Demain, je demanderai à Juliette de me parler de Jonathan. C'est vraiment intéressant. Je vais me coucher, bordel. Je vais me coucher. Quand j'aurai fini cette chanson. Je vous jure, quand j'aurai été jusqu'au bout. Pourvu que je n'ai pas des maternelles. Pourvu que je sache encore conduire. Pourvu que je dorme pour pouvoir conduire. Pourvu que je n'ai pas d'accident. Pourvu que je ne me sente pas mal à l'aise avec Etienne et son fils. Pourvu que tout aille, pourvu que tout aille. Mon Dieu, faites que tout aille, que les gens soient gentils. Pourvu que ma mère ne me téléphone pas. Pourvu que je puisse déménager à temps. Pourvu que je pense à faire mes demandes pour la province. Pourvu que je puisse payer mes impôts en septembre. Pourvu que Mme C. soit en bonne santé. Pourvu que... je dorme assez pour faire un trajet supplémentaire demain. Non, vraiment, j'ai de plus en plus faim. Ce n'est pas sérieux de se nourrir de petites tomates. Arrête !

jeudi 12 juillet 2007

chronique d'un échec

Pour reprendre l'écriture. J'écoute un vieux disque de Pulp, acheté récemment cependant. C'est tout à coup un miracle cette musique, ici, chez elle. Si cette année j'ai eu le sentiment de me perdre, c'est aussi parce que je n'étais pas chez moi. J'habitais "chez quelqu'un". Maintenant, je vais pouvoir dire, avec délices : "chez moi", "chez nous", coller un carton avec mon nom sur la boîte et remplir les petites cases administratives des lettres de son adresse. Quel symbole !
Première année terminée. Barème : 1.33. Echelon 3. 2 élèves sur 21 n'ont pas su lire à la fin de l'année. L'un d'origine égyptienne, l'autre portugaise. Je voudrais parler de la seconde. Ma douleur, mon obsession perverse.
Elle nous a fait des frayeurs vers la fin de l'année. Dans les couloirs, on la montrait d'un signe de menton et on ne savait plus que dire : elle, elle m'inquiète. Lors d'une réunion informelle, nous avons tenté de mettre bout à bout tout ce que nous avions remarqué sur cette élève : la directrice, la psychologue, l'assistante sociale et moi. De nombreuses suppositions ont fusé à partir, notamment, des dessins que je leur décrivais, mal à l'aise dans ce rôle (où commence l'interprétation, où commencent la rumeur et le mensonge ?). Le papa qui joue au cheval avec son bébé et l'envoie sur un nuage. La maman qui explique des choses à son bébé la nuit pendant que le papa dort. Malaise.
Je raconte.
Quand un jour, je la vois avec un sac plastique sur la tête, je lui demande, après une énorme colère destinée davantage aux autres qu'à elle, et à moi qu'à elle, car son geste m'a paralysée, de dessiner le monde sans elle, quand elle serait morte. Elle comprend mal ma consigne et se dessine, morte, le sac plastique sur la tête. Massive et grise de graphite, portant une robe minuscule (comprenez bien : une robe qui ne la couvre pas et d'où son corps dépasse de part et d'autre), elle arbore un coeur noir.
J'ajoute également des faits observés : le jour où elle a aboyé vingt minutes durant en revenant de la piscine, le jour où elle a gardé un autocollant sur la bouche pendant toute une séance d'arts plastiques, les nombreuses récréations qu'elle passe à quatre pattes, imitant le chien. Sa façon d'être paumée dans le temps. La façon dont elle est habillée, la minijupe de jeans de l'été précédent laissant apparaître la culotte. La tête me tournait. Je me disais : sommes-nous orientés là, maintenant, dans cette discussion ? Je me disais : ça tient à rien, de dire des conneries. Peut-être la vérité a-t-elle été énoncée d'une voix hésitante ce jour-là. Et personne n'a perçu qu'enfin on la tenait. Que c'était là le fin mot de l'histoire. Cette élève avait selon les tests toutes les capacités pour entrer dans la lecture. Pourtant elle s'est refermée, lisant par à-coups. Ecrivant avec des doigts d'éléphant, lettre par lettre, les consignes, n'y comprenant rien.
Je l'ai détestée de me prendre la tête. Je l'ai détestée d'investir mes nuits ou de prolonger mes insomnies. Je me suis détestée de cette détestation. Je me suis dit : je n'ai jamais détesté à ce point et je le fais pour une petite fille. Pour me dégager de cette haine, je l'ai littéralement laissé tomber, cette fille. Je l'ai niée. Plus de bienveillance, plus de réserve de raison pour cela. Plus de coeur à cela. Je me suis raccrochée au mot de fatalité. Atavisme. Naturalisme. Zola. Sélection naturelle. Merde.
Et le travail avec les services socio-éducatifs a porté ses fruits. Un jour, j'ai crié miracle. J'ai recommencé à percevoir les efforts. J'ai repris espoir et bienveillance. J'y croyais à nouveau. Je ne la détestais plus. Elle remontait la pente. Je suivais le mouvement. Je la félicitais pour ses bafouilles. Je la voyais faire des trucs insensés, des trucs que je ne croyais pas qu'elle savait faire. Je la regardais vraiment comme les autres, mais avec plus d'espoir encore. Je croisais les autres et je leur disais, d'un signe de main en avion qui décolle : elle démarre, ça y est, elle démarre ! Le sourire aux lèvres. En ce moment, très bien. Ca va très bien.
Puis, la situation à la maison empirant, j'ai vu la petite fille se refermer à nouveau. Un mur, un rocher gluant, une voix aussi stridente que geignarde, zozotante, un intérêt gluant pour les créatures télévisées, une tendance à l'appropriation perfide des biens d'autrui, des couleurs guimauves dégueulasses, cette jupe que je baissais de temps en temps sur le haut de ses cuisses, pour la protéger et elle de dire : mais maintenant y a ma culotte qui descend, ses paupières lourdes dès 9h du matin, le pouce dans la bouche, n'ouvrant les yeux qu'aux mots de "cheval", "chien", "poney", les cheveux frisés en boule diffuse, se répartissant en nuages épais et cotonneux de chaque côté de son visage et qui provoquaient chez moi une irrésistible envie de me gratter les joues dès que je me penchais pour l'aider, une irrésistible envie d'en faire une queue de cheval, ce que j'ai fait un jour d'ailleurs, et puis l'élastique n'est pas revenu et elle s'est présentée le lendemain avec cette même barbe à papa sur la tête.
J'en ai parlé. On a rigolé autour de moi. On m'a dit : en plus, c'est terrible, parce que non seulement elle est bête et chiante, mais en plus elle est moche, ça donne pas envie de l'aider. Non, ce n'est pas non plus ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c'est... Tu vois, quand tu vas chercher des coquillages et que tu dois marcher sur des écueils couverts de mousse et d'algues pourries, ben elle c'est ça, c'est un truc comme ça pour moi, je glisse, je glisse, je glisse. J'ai l'impression d'avoir fait ce que je pouvais, mais je ne peux plus. Je n'ai pas de point de raccord avec elle. Je n'arrive pas à l'atteindre, je n'arrive pas à la toucher. Ca me fait ça avec tous les dépressifs, remarque. C'est mon échec à moi. C'est mon échec de cette année. On m'a répondu, calmement, avec bienveillance et sagesse : c'est normal, c'est ta première année, mais tu verras, après tu t'accoutumes. J'ai dit peut-être bien.

mercredi 6 juin 2007

déjà la fin

Nous sommes retournées au Havre un week-end. Nous avons pris la grosse pluie atlantique. Elle nous a rincées. Nous nous sommes encore promenées le long du front de mer, jouant avec drapeaux, alors que la tempête nous trempait les yeux. J'ai perdu, bien sûr, je suis nulle à cela. Nulle en dates, nulle en formules, nulle en blasons et écussons. J'ai appris très tôt à bachoter mes leçons d'histoire-géo. J'en suis le produit. Néant.
Nous avons trouvé dans le Musée d'Art moderne un hâvre de calme et un endroit rêvé pour sêcher nos vêtements et nos figures. Nous avons mangé de manière impromptue dans un retaurant chic au premier étage du musée, trouvant tout bien, bon, beau. Et sec. J'ai trouvé là L'Hippompon que je voulais lui offrir pour son anniversaire. Elle avait bavé dessus un jour. J'ai dit que c'était pour mamy. Ca marche à tous les coups cette affaire-là. Parfait.
Depuis, c'est pour moi la dernière ligne droite. La classe se termine doucement. J'attends ma circonscription de rattachement pour l'an prochain, puisque je suis nommée "brigade maladie-maternité à titre - quelle horreur - définitif". Je m'attends au pire comme au meilleur. J'imagine un remplacement long (dépression, par ex.) dans un CM2 d'une certaine école ghetto du XIXe, une école où j'ai fait mes armes l'an dernier... Je m'attends à un remplacement long (mise en disponibilité, par ex.) à l'année dans un CE1 des huit premiers arrondissements. Je sais. Ne me regardez pas comme ça. J'ai fait pencher lexicalement la balance à dessein.
Commence déjà à acheter du matériel de classement pour la nécessaire inspection de l'hiver prochain. Va falloir "compresser" sinon je vais imploser.
Les réunions s'enchaînent. Longues, ennuyeuses. Je m'asseois à côté d'O. pour prendre tout cela à la légère, passer le temps. Bree déplie une feuille d'explications pour utiliser son téléphone portable. C'est son mari qui a écrit : "Pour téléphoner, écris le numéro et appuie sur la touche verte. Pour raccrocher, appuie sur la touche rouge." Elle replie sa feuille. Elle pense à l'an prochain. J'essaie de ne pas y penser. Elle, sera toujours dans cette école. Moi, j'ai 1,33 points de carrière. Pour avoir le 6e, il me fallait 26 points. J'ai demandé à tout hasard bien sûr... Dommage. Je vire. Je vais regretter les parents, les enfants, les profs, la directrice, le quartier, les cafés, les récrés, les femmes de service, même la classe toute petite à la porte peinte en jaune, trop chaude été comme hiver, même le ramassage du verre un jour sur deux qui nous forçait à cesser toute lecture quelques minutes, même les alarmes de voiture, les travaux de l'immeuble voisin.
Je vais surtout regretter le niveau. Cours préparatoire. La tenue des cahiers, les petits singes des escaliers, les premiers mots écrits, les premiers problèmes réalisés, les phrases solennelles, suivies d'un silence assourdissant, comme : "cette semaine, trois élèves passeront aux petites lignes", ou bien : "après les vacances, vous écrirez tous au stylo bille". Les rites vont me manquer. Ainsi je ne vais plus avoir dans mon armoire de jouets confisqués, de bonbons oubliés, de chutes de crépon ? Allons bon, sans doute. MAis ce ne sera plus MON armoire. Je serai REMPLACANTE. Je serai LA REMPLACANTE. Celle qu'on appelle la "nouvelle maîtresse". Celle que l'équipe regarde étrangement aux récrés, celle qui ne trouve pas de tasse quand elle veut boire un café, celle qui ne trouve pas de chaise dans les réunions, celle qui est informée la dernière, celle à qui on ne demande jamais son avis, puisqu'elle ne reste pas...
Allez Emily, profite des derniers jours. Plus qu'un mois et c'est la quille.

mercredi 30 mai 2007

pot-pourri

Jour des maîtresses. J'écoute Muse en fumant une énième cigarette. Repassage ce matin. Elle revient.

Elle m'annonce ça par téléphone et, drôle de réflexe, je me jette sur le repassage. Des chemises, toujours des chemises. Les siennes sont vastes. Plus encore que celles de papa. J'aime les tissus propres, un peu rêches parce que lavées sans adoucissant. Elle rentre. Thé. Discussion et câlins à la saveur de thé Lipton. C. n'en buvait pas. Ainsi je suis revenue où je devais être. Avec quelqu'un qui boit du thé. Enfin... C'est idiot. Elle disait qu'elle avait l'impression d'embrasser un cendrier. Maintenant me voici théière à entretenir.

Je lis Rendez-vous de Christine Angot. Mon ami Mohan doit avoir gardé dans la mémoire de son portable cette photo de nous deux où elle me passe le bras derrière les épaules. Maintenant, il me demande toujours en riant : et Christine, elle va bien ? Ce jour-là, il m'avait aussi immortalisée à côté de Michel Butor. Mohan est Indien. Il ne sait pas pour La Métamorphose. Il ne sait pas pour Ardisson. Il rit tout le temps pour éviter de pleurer. Il demande aux gens : je peux prendre photo ? Comme ça, sans préposition. Et ça marche. Le livre est nul. J'arrête à la page 60. C'est terminé : la vie est courte. Plein de livres encore à découvrir, choisis avec soin, s'ennuient sur l'étagère de mon appartement, celui où je ne suis jamais.

Elle va se reposer. Elle est malade. Vient enfin d'aller chez le médecin. Dépassement d'honoraires outrancier. Le prix du médecin dans les beaux quartiers rejoint celui du médecin urgentiste de garde un jour férié. En contrepartie, elle a deux jours d'arrêt. Finalement, c'est toujours la sécu qui claque.

(...)
Une semaine a passé depuis ces notes. J'ai eu envie de tout casser dimanche matin. Et de me battre avec elle. Je refuse qu'elle me mente, sous des prétextes fallacieux d'ailleurs.
Il faudra que j'écrive davantage ici, et que je fasse attention à la cellulite qui me pend au nez. Amen.

lundi 28 mai 2007

les cigarettes volées

"Est-ce que la cigarette, ça donne des cancers à l'estomac ?" C'était hier soir. Elle me dit, sans me le dire, que tout dépend de mon terrain. Que la cigarette aggrave toutes sortes de cancers, à condition d'en avoir un. Ah. Me voilà libérée d'une angoisse tout à coup.
Moi qui fus capable d'engloutir 500 euros en deux jours (dans je ne sais quoi à vrai dire), je suis cynique. Je m'en fous, je m'en fous. Na. Cynique. Des lumières qui clignotent, des bruits de jetons qui ne tombent jamais pour nous. Des trucs qui glissent dans les cuvettes des toilettes, des cadeaux qui ont fait plaisir... Nous y voilà. Principe de plaisir. Caprice. Depuis une semaine, j'allume des cigarettes que je ne fume pas. Je tire et je n'aspire pas. Comme je le faisais dans cette maison à Koweït, quartier de Jabriya, celui des résidences d'ambassadeurs, des parents d'un pote aussi qui bossaient chez Thomson. Quartiers d'adultes en réception et de progénitures à l'abandon.

J'ai, quoi, 14 ans (il y a quinze ans, en somme), et je traîne avec Diane et Stéphanie. C'est le troisième trimestre de l'année scolaire. Mais pas tout à fait le bout puisque je traîne encore avec elles. On joue les cleptomanes. Isolées ou ensemble. Je dis qu'on y joue : ça m'est passé.
(Je vole encore un truc par an. L'an dernier un livre sur l'histoire de l'homosexualité. Une merde. Je l'ai ensuite laissé sur un scooter, comme à mon habitude. Si vous trouvez des bouquins sur vos véhicules, c'est moi. Cette année, j'ai pris une endive dans une épicerie. Je ne sais plus, elle a dit : « il nous manque une endive pour faire une salade ». L'endive était devant moi, y avait une queue terrible. Il faisait nuit. J'ai pris l'endive dans ma manche et je suis rentrée dans le magasin. De toute façon, la queue, on a dû la faire quand même pour autre chose. )

A cette époque, je rangeais mes trophées dans un tiroir. Les portes électroniques commençaient juste à flanquer les entrées. Dans les grandes surfaces d'abord. Mais là-bas, c'était encore le système de surveillance par caméra qui était utilisé. On volait n'importe quoi au début : des crayons, des sucettes, des lampes de poche, des bracelets, des radios. Certains du lycée volaient des tee-shirts dans les cabines d'essayage. Je trouvais ça naze. Mon boulot, c'était l'inutile. Fallait pas empiéter dans les plates bandes des gens pauvres qui volent pour bouffer. Je n'aurais jamais volé un poulet. Ensuite, c'est devenu plus ciblé : il me fallait des clopes. Ca faisait deux délits intéressants : le tabac et le vol. Elles devaient être assorties de tout le tintouin du crapoteur débutant : allumettes, déodorant et chewing-gums. On en avait plein les poches et on sortait du Sultan Center en se marrant comme des cons. Des connes, en l'occurence.
A Jabriya, devant chez Diane, il y avait une énorme villa abandonnée cause de guerre, très tentante du même coup pour des raisons purement historiques. Voire romantiques. Oh ! Il y avait peut-être des mines là-dedans, peu importe, nous on ne faisait que passer derrière des soldats irakiens. On voulait reconstituer la vie de la famille qui avait vécu là en suivant leurs traces. A l'extérieur, on les imaginait dans la piscine à double niveau, maintenant tapissée de feuilles d'acacia, gardés la nuit par deux chiens pourrissant au soleil dans les allées. On se fait des frayeurs. On est là. On est trois. Il y a des intrigues entre Diane et Stéphanie. Je perds Diane au profit de Stéphanie. Tant pis. On est encore là. On a volé ensemble à la bakala du coin et maintenant il faut consommer. Avant, on visite la maison. Quel dédale ! Je me souviens d'une salle de cinéma aux sièges de velours rouge maculés de boue. On y a trouvé quelques bobines de films, pas des Super 8, des 16 mm, des trucs de pros. J'en ai encore quelques centimètres chez moi. Un homme en marcel blanc en train de bouger les mains. Un Egyptien sans doute. On s'attendait à des trucs de cul. On a tout déroulé. En vain. Je me souviens surtout des étagères défoncées dans les chambres des enfants ; des jouets épars et des photos dispersées. Je n'ai pas pris de photos. Juste un livre. Un livre d'enfants, en anglais.
A chaque fois qu'on touchait un truc, il nous semblait déranger des esprits. Je pensais qu'on allait se faire enfermer là-dedans et violer toutes les trois, puis tuer. En vain.
On voit l'escalier qui descend à la cave. On n'y descend pas.
La visite s'achève, on se retrouve intactes sur le perron, à l'abri des regards de la rue. Et on crapote, et on crapote. On se tartine de chewing-gums, on s'arrose de déodorant tonalité "fleurs de la passion". Bref, on a des odeurs de putes. Et quand on s'asseoit dans les voitures parentales, on fait profil bas. On a volé n'importe quelles cigarettes, des trucs que je n'ai jamais fumé depuis : des longues, noires, des courtes, brunes, des à la menthe, des à la pêche, n'importe quoi.
Un jour, mon père a trouvé une clope cassée dans la poche de ma veste. Et mon histoire avec la cigarette s'arrêta net. Il a fallu attendre deux ans pour que je m'y remette, avec beaucoup plus de maturité et de volonté : ma fille, tu fumeras chaque jour une cigarette, en t'appliquant (oui, le mot est écrit sur mon journal de l'époque), c'est-à-dire en avalant, et tout ira bien. Je fumais à la fenêtre. Vers minuit. Il faisait chaud dehors. Froid dedans. Je prenais garde de bien tenir le rideau. J'ai encore sur la joue la sensation de frottement. Et la voix de mon père qui parfois lançait un : "qu'est-ce que tu fais ?"
Je m'affalais ensuite sur le lit avec la tête qui tournait : j'adorais ça !

lundi 21 mai 2007

dimanche

Dimanche amusant en fin de compte dans l'après-midi. Elle devant, et moi derrière, jouant la filature et me faisant repérer à peine 500 mètres après son départ. Elle jouant le jeu jusqu'à la station République. Il pleuvait dans l'est. On s'est réfugiées dans un café. A. nous a rejointes. Elle et M. ont joué à "qui part à la chasse perd sa place". Me suis retrouvée seule avec A. une bonne heure. Enchaînant cafés sur verres de blanc. Parlant de M. Et d'autres choses. Des discussions de jeunes filles (autrefois) pas si sages et cherchant la sagesse majuscule. Des discussions que je n'ai plus. Le serpent qui se mord la queue. La philo existentielle. Ce que j'ai arrêté.
J'ai remarqué en dialoguant avec elle que j'avais déjà longtemps réfléchi sur pas mal de choses. Je ne voulais pas qu'elle me pense prétentieuse. Je me sentais au-delà, au dessus. Inébranlable. Parfois, je la regardais et je me disais : ne montre rien, ne dis rien, laisse-là arriver au bout, trouver le chemin au croisement. Elle va y arriver. Toute seule. Elle a tout trouvé. Ce fut une suite de victoires pour elle. J'acquiécais. Je me suis dit : ben ma vieille, tu ne t'es pas trompée souvent, on dirait. Oui, c'est "ma vieille" que je me suis appelée. En l'écoutant, je me sentais libérée depuis de nombreuses années de tonnes d'interrogations qui la tourmentaient encore, elle, plus âgée que moi en réalité.
M. est revenue. Enchantée. Saoûle d'énergie. Pour fêter cela, on s'est fougueusement embrassées contre le mur froid des toilettes. J'avais encore dans le dos les mains d'A. essayant sur moi ses récentes prouesses de masseuse et encore dans les cheveux la douceur des mains de Benjamin, le coiffeur.

dimanche 20 mai 2007

devant

C'est dimanche. Levée sans excès de précocité. J'ai un sommeil "dérangé" en ce moment. C'est une parenthèse horizontale qui ne me repose pas. Lumière, bruit, angoisses professionnelles. Douleurs parfois quand le temps est humide. Je ressentais tellement d'amour. J'étais un ver solitaire dans un corps de jeune fille. Je voulais la pénétrer et l'envahir. C'est un regret que je connais.
J'ai revu C. Elle n'est pas montée sur son grand cheval. Elle a été parfaite. Attentionnée. Sincère. Pas moi. Pas vraiment. Elle était chez elle, après tout. Chez elle. Notre décoration murale était encore sous mes yeux. La même chaise tournante, les mêmes tasses de café. Après notre séparation, nous avons eu cette attitude identique de tout laisser en l'état : ne rien balayer, ne rien déchirer, ne rien jeter, ne rien trahir. C'est qu'il faut des repères pour se reconstruire. Et on ne nie pas trois ans du jour au lendemain.
Elle a grand besoin d'affection, de gentillesse. Cela se lit dans ses yeux. C'est un appel. Un cri muet.
M. m'a dit que ma voix transpirait toujours la culpabilité quand j'évoquais C. C'est vraisemblable. Maintenant que je suis parallèle, maintenant qu'on est réellement séparées, il m'est facile de m'en vouloir. De ne pas avoir su quitter. J'ai essayé pourtant. Plusieurs fois. Sans succès. Au bout d'un moment, il nous était devenu impossible de parler calmement. Il n'existe pas de séparation sans douleurs. Je ne crois pas. Même calme, même quand la voix se fait douce pour expliquer les raisons. Il y a toujours l'autre qui refuse. Qui s'excuse. Qui promet des efforts. Que l'on sait vains. Parce que, non, ce n'est pas ça. Pas vraiment pour ça que je te quitte. C'est au-delà. C'est l'amour qui est parti. C'est la confiance qui a été malmenée. C'est une impasse.
Il n'y aura pas de retour en arrière. Devant, j'ai tout à vivre. Et c'est avec elle. Seulement avec elle. La voir grandir, la voir s'apaiser. La voir pleine de projets. Notre bonheur. Je ne veux voir rien d'autre. Et personne d'autre. Tout est déjà construit. La maison, le travail, les enfants, la vie quotidienne. Les sourires. La maladie. La vieillesse. Les mots fléchés. L'écriture. La mer pas loin. Les livres. Les levers de nuit pour consoler, changer un drap, faire chauffer le biberon. Les deux bureaux. La bibliothèque. Les plantations dans le petit jardin. Les courses. Le scooter. Ses cours de conduite. Les serviettes brodées. Les apartés amoureux. Tout est là. C'est avec elle que je vais y arriver. C'est inestimable.

mercredi 16 mai 2007

le dictionnaire

Le Livre est enfin sorti. Je suis vraiment heureuse pour lui. J'espère qu'il sera récompensé pour toutes ces heures passées devant l'ordinateur et dans les dictionnaires, pour toutes les merdes dues au même ordinateur et qui ont parfois retardé son travail, l'ont stressé, l'ont perturbé. J'espère qu'il en vendra assez pour en refaire un autre. J'espère qu'il en vendra assez pour faire plaisir à la fille de L'Harmattan. J'espère qu'il en vendra juste assez pour alerter les critiques. Qu'il en vendra juste assez pour un passage radio. Juste assez pour être fier de lui. Assez pour ne pas baisser les bras et se dire que tout est vain. Pour espérer encore. Pour vivre encore. Je t'aime papa. Même quand tu marches sur des semelles à ressort.

avoir la paix

Mercredi à nouveau. Jour des maîtresses. Jour des amants, ai-je dit à la directrice, la faisant éclater de rire. Parle pour toi, m'a-t-on répondu de la photocopieuse.
Je viens de recevoir un texto de C. me confirmant sa disponibilité demain afin que je vienne chercher encore quelques affaires à moi, oubliées. Des revues, une boîte en fer, diverses babioles. Six mois que nous ne nous sommes vues. J'attrape des boutons à la pensée d'y aller. Pas envie. Ni de sa politesse courtoise (ni de la mienne), ni de son agressivité possible, ni de son envie, peut-être, de me raconter sa vie des derniers mois sans moi. Pas envie non plus d'entendre ses questions. J'ai tellement de mal à dissimuler les réponses. Alors je réponds comme aux enfants, avec emphase, pour les faire rire. Je passe pour vulgaire avec les adultes insistants.
"Tu as un copain ? - J'en ai trois." Je trouve les gens souvent impolis. Les profs moins que la moyenne, je l'ai constaté. On est relativement à l'abri. J'ignore tout de certains de mes collègues. Est-ce égoïsme ou conservatisme, cette discretion, si bafoué dans d'autres milieux professionnels, où le plus intéressant semble être avec qui, quand et comment tu baises, me convient pleinement, m'évite de raconter des histoires en rougissant.
Je n'ai pas envie de me rendre chez C. Chez moi avant, en réalité. Je le ferai quand même, et sans rechigner, s'il te plaît.
Ici, tout va cahin caha, au rythme de la confiance qui s'émousse et qui se regagne. Il faut des mots, des gestes, des efforts, des gages. Toujours. J'en viens à m'étonner des moments de calme. J'ai peur. Elle me dit que la peur détruit tout. Pourquoi ai-je peur ? C'est la vraie question sans doute. Pourquoi ai-je peur de la perdre ?
Vu le film "Juste avant la nuit", un vieux Chabrol. Au-delà du thème principal qui est le besoin pour l'assassin de retrouver la paix en étant jugé pour un crime que tout le monde veut oublier, c'est l'amour qui m'a touchée. L'amour sincère. Qui envahit tous les personnages secondaires. Qui rayonne vers lui, le meurtrier qui attend la punition, ne la trouve pas. Sa femme surtout, patiente, écoutant, consolant, droite, jamais amère, aimant cet homme au-delà de tout, aimant ce qu'ils ont construit par-delà le geste maudit de son mari.
Elle n'a pas peur, elle. Elle sait où trouver sa paix intérieure. Elle pardonne. Elle ne s'arrête pas aux détails.
Ca me rappelle quand j'avais quitté la table des C., nauséeuse soudain face aux propos de M.C. qui prônait un coup de mitraillette dans la gueule des casseurs de supermarché ("ils recommenceront pas deux fois !"). Mme C. était venue me rejoindre. Je lui disais : je ne comprends pas que tu puisses supporter qu'il dise cela. Elle, droite alors, me dit bien distinctement : je ne peux pas te laisser dire des choses pareilles. C'est un homme sincère, aimant, qui a tout fait pour sa famille. Ne l'oublie pas.
Un beau souvenir. Fondateur pour moi.
J'ai confiance en elle. En nous.

mercredi 9 mai 2007

pas formée pour

Je ne sais pas consoler. Ces derniers temps, elle m'a souvent demandée de la "soutenir". Je crois que c'est quelque chose que je ne sais pas faire. J'ai l'impression, à chaque fois, de faire mes premiers essais dans le genre. Je me sens désarmée face à sa douleur. Pas habituée à ce qu'on vienne me chercher pour cela. Mes amis l'ont implicitement compris, d'ailleurs. Ce n'est pas moi que l'on vient trouver pour aller mieux. Ils ne m'appellent pas quand ils ont un problème et j'apprends souvent après coup les drames qui se trament dans mon dos. Moi, je suis toujours là pour l'après. Pour l'analyse du drame. Mais pas quand il est chaud.
Là, c'est différent, je vis avec elle. Je ne peux pas y échapper. Je la vois, je l'écoute. Elle attend mon "soutien". Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce qu'elle attend de moi au juste ? Je peux la serrer dans mes bras et lui dire que tout va bien se passer. Je peux la distraire en faisant le clown. C'est souvent pathétique. Je peux aussi reprendre à mon compte ses tristesses et les changer en colères. Rentrer dans son jeu pour lui redonner de la vigueur. Je peux lui donner un coup de pieds aux fesses. Dangereux. Je peux être soudain mesurée, l'écouter longuement, et ne rien dire, ne pas la toucher. Épuisant. A chaque fois, j'ai l'impression d'être impuissante, alors j'essaie autre chose. Rien ne marche. C'est comme si mon essai devait être transformé à tous les coups. Comme si, aussi, je devais être à la hauteur et me donner à fond. Et... sentir que cela ne marche pas (ou, plutôt, ne pas sentir d'effets immédiats) me rend nerveuse, amère aussi. Comme si j'avais raté quelque chose. Et je lâche. Je prends. Je tombe.
Quand je parle peu, je ne me sens pas à la hauteur de ce qu'on me confie. Quand je parle trop, je m'emporte dans le lyrisme. Quand j'essaie de trouver des solutions (ce qui n'est pas, enfin il faut me l'avouer, ce que l'on me demande), je tombe à côté, je dérange.
Au bout de ce long mercredi de maîtresse, il y a l'attente de son retour. Ici.

mercredi 2 mai 2007

insid-r

inside-r comme invade-r