Mercredi à nouveau. Jour des maîtresses. Jour des amants, ai-je dit à la directrice, la faisant éclater de rire. Parle pour toi, m'a-t-on répondu de la photocopieuse.
Je viens de recevoir un texto de C. me confirmant sa disponibilité demain afin que je vienne chercher encore quelques affaires à moi, oubliées. Des revues, une boîte en fer, diverses babioles. Six mois que nous ne nous sommes vues. J'attrape des boutons à la pensée d'y aller. Pas envie. Ni de sa politesse courtoise (ni de la mienne), ni de son agressivité possible, ni de son envie, peut-être, de me raconter sa vie des derniers mois sans moi. Pas envie non plus d'entendre ses questions. J'ai tellement de mal à dissimuler les réponses. Alors je réponds comme aux enfants, avec emphase, pour les faire rire. Je passe pour vulgaire avec les adultes insistants.
"Tu as un copain ? - J'en ai trois." Je trouve les gens souvent impolis. Les profs moins que la moyenne, je l'ai constaté. On est relativement à l'abri. J'ignore tout de certains de mes collègues. Est-ce égoïsme ou conservatisme, cette discretion, si bafoué dans d'autres milieux professionnels, où le plus intéressant semble être avec qui, quand et comment tu baises, me convient pleinement, m'évite de raconter des histoires en rougissant.
Je n'ai pas envie de me rendre chez C. Chez moi avant, en réalité. Je le ferai quand même, et sans rechigner, s'il te plaît.
Ici, tout va cahin caha, au rythme de la confiance qui s'émousse et qui se regagne. Il faut des mots, des gestes, des efforts, des gages. Toujours. J'en viens à m'étonner des moments de calme. J'ai peur. Elle me dit que la peur détruit tout. Pourquoi ai-je peur ? C'est la vraie question sans doute. Pourquoi ai-je peur de la perdre ?
Vu le film "Juste avant la nuit", un vieux Chabrol. Au-delà du thème principal qui est le besoin pour l'assassin de retrouver la paix en étant jugé pour un crime que tout le monde veut oublier, c'est l'amour qui m'a touchée. L'amour sincère. Qui envahit tous les personnages secondaires. Qui rayonne vers lui, le meurtrier qui attend la punition, ne la trouve pas. Sa femme surtout, patiente, écoutant, consolant, droite, jamais amère, aimant cet homme au-delà de tout, aimant ce qu'ils ont construit par-delà le geste maudit de son mari.
Elle n'a pas peur, elle. Elle sait où trouver sa paix intérieure. Elle pardonne. Elle ne s'arrête pas aux détails.
Ca me rappelle quand j'avais quitté la table des C., nauséeuse soudain face aux propos de M.C. qui prônait un coup de mitraillette dans la gueule des casseurs de supermarché ("ils recommenceront pas deux fois !"). Mme C. était venue me rejoindre. Je lui disais : je ne comprends pas que tu puisses supporter qu'il dise cela. Elle, droite alors, me dit bien distinctement : je ne peux pas te laisser dire des choses pareilles. C'est un homme sincère, aimant, qui a tout fait pour sa famille. Ne l'oublie pas.
Un beau souvenir. Fondateur pour moi.
J'ai confiance en elle. En nous.
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