dimanche 20 mai 2007

devant

C'est dimanche. Levée sans excès de précocité. J'ai un sommeil "dérangé" en ce moment. C'est une parenthèse horizontale qui ne me repose pas. Lumière, bruit, angoisses professionnelles. Douleurs parfois quand le temps est humide. Je ressentais tellement d'amour. J'étais un ver solitaire dans un corps de jeune fille. Je voulais la pénétrer et l'envahir. C'est un regret que je connais.
J'ai revu C. Elle n'est pas montée sur son grand cheval. Elle a été parfaite. Attentionnée. Sincère. Pas moi. Pas vraiment. Elle était chez elle, après tout. Chez elle. Notre décoration murale était encore sous mes yeux. La même chaise tournante, les mêmes tasses de café. Après notre séparation, nous avons eu cette attitude identique de tout laisser en l'état : ne rien balayer, ne rien déchirer, ne rien jeter, ne rien trahir. C'est qu'il faut des repères pour se reconstruire. Et on ne nie pas trois ans du jour au lendemain.
Elle a grand besoin d'affection, de gentillesse. Cela se lit dans ses yeux. C'est un appel. Un cri muet.
M. m'a dit que ma voix transpirait toujours la culpabilité quand j'évoquais C. C'est vraisemblable. Maintenant que je suis parallèle, maintenant qu'on est réellement séparées, il m'est facile de m'en vouloir. De ne pas avoir su quitter. J'ai essayé pourtant. Plusieurs fois. Sans succès. Au bout d'un moment, il nous était devenu impossible de parler calmement. Il n'existe pas de séparation sans douleurs. Je ne crois pas. Même calme, même quand la voix se fait douce pour expliquer les raisons. Il y a toujours l'autre qui refuse. Qui s'excuse. Qui promet des efforts. Que l'on sait vains. Parce que, non, ce n'est pas ça. Pas vraiment pour ça que je te quitte. C'est au-delà. C'est l'amour qui est parti. C'est la confiance qui a été malmenée. C'est une impasse.
Il n'y aura pas de retour en arrière. Devant, j'ai tout à vivre. Et c'est avec elle. Seulement avec elle. La voir grandir, la voir s'apaiser. La voir pleine de projets. Notre bonheur. Je ne veux voir rien d'autre. Et personne d'autre. Tout est déjà construit. La maison, le travail, les enfants, la vie quotidienne. Les sourires. La maladie. La vieillesse. Les mots fléchés. L'écriture. La mer pas loin. Les livres. Les levers de nuit pour consoler, changer un drap, faire chauffer le biberon. Les deux bureaux. La bibliothèque. Les plantations dans le petit jardin. Les courses. Le scooter. Ses cours de conduite. Les serviettes brodées. Les apartés amoureux. Tout est là. C'est avec elle que je vais y arriver. C'est inestimable.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

comme c'est bon de te voir voir si loin et si sereinement.... moi je n'y arrive pas encore...
je t'embrasse tendrement. bb