mercredi 6 juin 2007

déjà la fin

Nous sommes retournées au Havre un week-end. Nous avons pris la grosse pluie atlantique. Elle nous a rincées. Nous nous sommes encore promenées le long du front de mer, jouant avec drapeaux, alors que la tempête nous trempait les yeux. J'ai perdu, bien sûr, je suis nulle à cela. Nulle en dates, nulle en formules, nulle en blasons et écussons. J'ai appris très tôt à bachoter mes leçons d'histoire-géo. J'en suis le produit. Néant.
Nous avons trouvé dans le Musée d'Art moderne un hâvre de calme et un endroit rêvé pour sêcher nos vêtements et nos figures. Nous avons mangé de manière impromptue dans un retaurant chic au premier étage du musée, trouvant tout bien, bon, beau. Et sec. J'ai trouvé là L'Hippompon que je voulais lui offrir pour son anniversaire. Elle avait bavé dessus un jour. J'ai dit que c'était pour mamy. Ca marche à tous les coups cette affaire-là. Parfait.
Depuis, c'est pour moi la dernière ligne droite. La classe se termine doucement. J'attends ma circonscription de rattachement pour l'an prochain, puisque je suis nommée "brigade maladie-maternité à titre - quelle horreur - définitif". Je m'attends au pire comme au meilleur. J'imagine un remplacement long (dépression, par ex.) dans un CM2 d'une certaine école ghetto du XIXe, une école où j'ai fait mes armes l'an dernier... Je m'attends à un remplacement long (mise en disponibilité, par ex.) à l'année dans un CE1 des huit premiers arrondissements. Je sais. Ne me regardez pas comme ça. J'ai fait pencher lexicalement la balance à dessein.
Commence déjà à acheter du matériel de classement pour la nécessaire inspection de l'hiver prochain. Va falloir "compresser" sinon je vais imploser.
Les réunions s'enchaînent. Longues, ennuyeuses. Je m'asseois à côté d'O. pour prendre tout cela à la légère, passer le temps. Bree déplie une feuille d'explications pour utiliser son téléphone portable. C'est son mari qui a écrit : "Pour téléphoner, écris le numéro et appuie sur la touche verte. Pour raccrocher, appuie sur la touche rouge." Elle replie sa feuille. Elle pense à l'an prochain. J'essaie de ne pas y penser. Elle, sera toujours dans cette école. Moi, j'ai 1,33 points de carrière. Pour avoir le 6e, il me fallait 26 points. J'ai demandé à tout hasard bien sûr... Dommage. Je vire. Je vais regretter les parents, les enfants, les profs, la directrice, le quartier, les cafés, les récrés, les femmes de service, même la classe toute petite à la porte peinte en jaune, trop chaude été comme hiver, même le ramassage du verre un jour sur deux qui nous forçait à cesser toute lecture quelques minutes, même les alarmes de voiture, les travaux de l'immeuble voisin.
Je vais surtout regretter le niveau. Cours préparatoire. La tenue des cahiers, les petits singes des escaliers, les premiers mots écrits, les premiers problèmes réalisés, les phrases solennelles, suivies d'un silence assourdissant, comme : "cette semaine, trois élèves passeront aux petites lignes", ou bien : "après les vacances, vous écrirez tous au stylo bille". Les rites vont me manquer. Ainsi je ne vais plus avoir dans mon armoire de jouets confisqués, de bonbons oubliés, de chutes de crépon ? Allons bon, sans doute. MAis ce ne sera plus MON armoire. Je serai REMPLACANTE. Je serai LA REMPLACANTE. Celle qu'on appelle la "nouvelle maîtresse". Celle que l'équipe regarde étrangement aux récrés, celle qui ne trouve pas de tasse quand elle veut boire un café, celle qui ne trouve pas de chaise dans les réunions, celle qui est informée la dernière, celle à qui on ne demande jamais son avis, puisqu'elle ne reste pas...
Allez Emily, profite des derniers jours. Plus qu'un mois et c'est la quille.