mardi 28 août 2007

19 ans

Vu Chloé hier. Bizarre journée de gueule de bois après une bouteille de Vodka descendue avec Amina, le soir de mon arrivée. Hier, nous avons beaucoup marché, jusqu'à ce que je ne me sente plus très bien. J'ai un peu exagéré le truc. Je n'en pouvais plus de mille trucs à la fois. Mal à l'aise avec Amina, pensé à Chloé, toujours le sentiment que je vais rencontrer quelqu'un que je connais... Le tout avec le mal de crâne et les jambes pâteuses, les quatres heures de mauvais sommeil.
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Une semaine plus tard.
Train pour Toulouse.
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"Difficile", "chti bébé", "transcendant", "méga trop cool", magic top cool", "ça me fout la gerbe", "j'hallucine"...
Comment décrire tout ce que j'ai vu et ressenti avec des mots. Avec des mots vrais. J'ai une boule dans le ventre. Treize, quatorze, douze jours. Est-ce important ? Et ses mains le vendredi 27 après avoir vu Chloé. Ou plutôt, cette nuit-là, sa main. Inerte. "Stop". "Est-ce qu'on peut... Comment dire... Est-ce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire avec des mots, mais qu'on peut dire avec des gestes ?" "Oui" "Donne-moi ta main alors". Je ne m'y attendais pas, n'y pensais pas. Mais effusion de bonheur. Une main. Lâche, grande. Le surlendemain, bouger avec les mains. Les deux. Merci Laurence, mon coeur te le crie. Danser. "L'autre jour, j'ai eu peur parce que tu as une drôle de façon d'agir avec tes mains". C'est vrai, j'aime les mains. Tu ne dors pas ? Pourquoi ? "J'ai peur que tu attendes quelque chose". Réfléchis à ce que tu fais, Laurence Deux amies qui se caressent les mains, c'est anormal ? "T'es comme ma soeur". Mais je ne peux pas être comme ta soeur. Pourquoi ? "J'ai dit que tu étais comme ma soeur, je n'ai pas dit que tu étais ma soeur, tout est clair pour moi".
J'ai envie. J'y pense toute la journée. "Ceci est une drogue". Par rapport à qui ? A toi ou aux autres ? A moi, c'est sûr. Toi ? Je ne sais pas. Enfin, si, je sais. Qu'est-ce que tu sais ? Je ne sais pas. Je ne sais jamais rien. Ce n'est pas ce que tu crois ! Ce n'est pas ce que tu vois. Tu ne sais pas ce que je crois. "Tu crois en l'amour ?" "Comme toi". Comme toi. Quand tu imites, tu voles une partie des gens. Pourquoi j'imite ? Pour me fondre dans la personne. Quand l'observation ne suffit plus. Pourquoi tu me regardes ? Pas de réponse. Ca te gêne ? Un peu. Arrête de me regarder, toi. Très bien, je ne regarde plus. Ai-je vraiment une "super belle voix" ? Pourquoi tu es aggressive comme ça ? Je ne m'en rends pas compte. Arrête de t'excuser tout le temps. "Qu'est-ce que tu fais ?", "qu'est-ce que tu racontes ?", "c'est tout ce que tu dis ?".
Le train va démarrer. Vite. La pléthore de gestes. Qu'est-ce qui se passe. Là, tu vois, maintenant, je me dis que... j'aimerais poser ma tête sur ton ventre. Un petit élan de la main. "Stop". Non. C'est catégorique. Mais ça se réalise.
Deux corps symétriquement allongés face à face, sur le côté, les genoux repliés. Donne tes mains. "C'est un art ? Oui ?" C'est une chorégraphie. Ca se voit tant que cela que je n'attendais que ça ? Que je n'attends que ça de tout le monde ? Rien d'autre. Pourquoi as-tu l'air triste ? C'est naturel. Je pensais que tu souffrais et je voulais t'aider. Tu le fais donc par générosité ? Non. Si. Ca me fait plaisir de t'aider. Si je le fais, c'est que je le veux. Serre-moi dans tes bras. Enveloppe-moi complètement. Heureuse de t'avoir trouvée. Si sereinement finalement. Pourquoi s'en faire ? Pourquoi ? C'est si simple pourtant.
Je voudrais dormir. Dormir pour oublier que je pars. Reste. Je voudrais rester. Rien n'est chamboulé. Et si je la revois ? Si je la revois, on se donnera la main de nouveau. Elle et moi comme deux soeurs. Dire "je ne sais pas" jusqu'à ne plus pouvoir le dire. Est-ce que tu cherches quelqu'un d'autre que Chloé ? Non. Chloé est intouchable. Elle est là en moi et je ne la remplace pas. Mais je cherche toujours, oui. J'attends. Maman, "ma main, cette serre". Gouttes de thé. Je la baptise. C'est une caresse. Au plus près de la peau.
"C'est indicible". Je voulais lui faire mal l'autre nuit. Rentrer mes ongles comme des griffes dans les monts de sa paume. La main de Laurence, grande, immense. Pas eu le désir de l'apprendre. Comme si je la connaissais. Repris la main de Chloé. Je la connais bien. La mienne me paraît désarticulée. Un art ? Un langage aussi. La main de Laurence caresse continuellement. Et quand on frôle ? Elle l'a fait à plusieurs reprises. C'est très doux. Envie de me recroqueviller contre elle. Je le fais. Je ne l'aime pas. Tout est calme. Je l'aime. Pas d'amour. C'est serein. Doux. Je le lui ai dit.
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Après Brive... Après Brive, c'est Toulouse. Gare, métro, marcher. Dormir sans elle. Elle va dormir dans son lit. Son vrai lit. "Stop" "Je passe" "C'est pas juste". Je comprends. Qu'est-ce que tu comprends ? Tout. "Tu me fais peur". Pourquoi ? Je te le dirai si tu passes "Ridiculous Thoughts" des Cranberries. Dis-moi pourquoi je te fais peur ? Ah ! Tu t'en souviens ? Tu es intuitive. Ou alors tu t'es habituée à mes allusions constantes. Tu y fais attention. Tu me prêtes ton attention. Jusqu'à quand ? Y a-t-il toujours quelque chose à apprendre de quelqu'un ? Je ne lui ai pas demandé. Il reste encore beaucoup de choses à dire et à faire. Aller au bois. Pigalle. Bar de lesbiennes. Faire des crèpes. Voir l'expo de Munch. Est-ce que tu aimes les cobayes ? Pourquoi tu me demandes ça ? Pour rien. Tu es fatiguée, Laurence. Tes yeux sont cernés, ton pas est lourd.
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Une bougie. Rouge. Ou bleue. Jaune chez moi qui m'attend. Tire sur les doigts. "Quand tu plisses les yeux, tu vois deux personnages qui lèvent les bras, tu les vois ?" Tu étais belle cette nuit-là, le visage au-dessus de la flamme. Tu m'as dit "stop". Dors, Laurence. "Tu manges rien". Occupe-toi bien de toi, de ta peau, de tes cheveux, de tes ongles. Je vais acheter une bouteille de Smirnoff aussi. Il me faut juste du cran pour être comme ça.
Mes yeux sont tristes ce soir. Je me regarde dans la vitre du train. Derrière, un tunnel infini, noir et opaque. Je n'ai pas pleuré. Mal au ventre. Mal à la jambe gauche. Je veux ses ondes. Tes mains diffusent beaucoup d'énergie. Impossible de dormir quand elles sont liées. Elle a rapproché ton lit cette nuit. Comment dormir si l'on fait contact ? Trop. Coeurs battants. Excitation. Pourquoi es-tu si nerveuse ? Thrilling, thrilling !!
J'ai déchiré un bout d'affiche du concert de Louise Attaque à la station Porte d'Orléans - ou Alésia ?
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Le 6 avril, je notais : Le mot silence devrait être du genre féminin, ce serait tellement plus beau phonétiquement de dire : lasilence.
C'est encore vrai.
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Ma propriétaire de 92 ans a fait venir les plombiers car nous n'avions plus d'eau depuis deux jours. Elle est sortie es disant : tout s'arrange... à part la mort !
Plus tard, je ris seule, plusieurs fois, en lisant Le Père Goriot quand, à la page 54 de l'éd. de Poche, je lus cette phrase : "Mademoiselle Taillefer coula timidement un regard sur le jeune étudiant". Dans ma tête, je lisais : Mlle Taillefer coula un bronze sur le jeune homme...
Parce que j'avais le XIX au programme, je lus Germinie Lacerteux des Goncourt et savourais cette phrase exquise : "Le ciel était plein de cette lumière d'une nouvelle vie, adorablement triste comme la terre encore dépouillée, et si tendre qu'elle pousse le bonheur à pleurer".
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Brève
Béatrice de Beyrouth, hospitalisée pour des bleus, a porté plainte contre Antoine, son époux, qui avait rapporté du Viagra des Etats-Unis et pris trois comprimés d'un coup.
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Evidemment, j'ai déménagé à Paris l'été suivant.

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