Ciel bleu ce matin. Laurence a repris les cours.
Hier soir, nous avons vu la Tour Eiffel de nuit. Nos mains se sont retrouvées, transies de froid, sous mon pull, nos deux corps reposant sr un banc dans un jardin d'enfants, en face des Invalides. Avant. Devant la Maison du Japon, je le dis qu'il faut absolument qu'on me parle de ce qui ne va pas chez moi en ce moment, parce que je perds les pédales. Elle s'irrite contre moi. Parce que je n'ose rien faire, parce que j'avance et recule immédiatement après, parce que j'ai peur des choses simples. Elle me reproche de vivre dans mes bouquins et mes théories, de ne pas tenter toutes ces expériences moi-même. Elle rejoignait ce que j'avais écrit la veille. Elle m'a prise dans ses bras, dans la rue, une rue.
¤
Hier soir, dans le noir volontaire de ma chambre, avec seule, la silhouette de mon "homo-paravent" qui se profilait contre mon vasistas, et Belly comme musique...
Etait-ce à cause des deux bières bues dans un bar de supporters de rugby à Anvers ? Etait-ce parce que je lui avais écrit que je ne voyais pas en quoi on pouvait prendre de l'intérêt à passer du temps avec moi ? Je ne sais. Laurence m'a fait "un enfant de l'âme". En une heure j'ai eu envie de rire, de pleurer. J'ai eu peur. J'ai plané, j'ai eu des crises de joie et d'angoisse. J'ai connu l'attente et la panique, la plénitude et le frisson. Eu envie de la rejeter tout à coup puis de l'embrasser. J'avais l'impression que nous faisions l'amour. N'ai pas brillé par mon esprit d'initiatives. J'ai plongé après m'être laissé guider. Les mains, les bras, les épaules, la nuque, le dos, la tête, le visage... Le visage, c'est ma peur, car c'est l'objet de mon désir. Elle avait les mains douces. Les miennes, mains de petite vieille, abîmées.
Mon front, mon visage, peur que de ses doigts elle frôle mes lèvres. Elle n'en fait rien et je souris. Je nous fais un thé, je mets Barbara. Toutes lumières éteintes. Je ne lâche pas sa main.
Je lui ai dit que j'étais morte de trouille, que je ne devais pas parler, mais je le faisais quand même, tant pis, je m'en fous, il faut que je lui dise où j'en suis. Je l'ai surprise en train d'apprendre mon corps. Comme Chloé et moi faisions.
Je me demandais si, pour elle, c'était la bière, et jusqu'où allait-elle aller. Est-ce qu'elle ne se rendait pas compte que ce qu'elle faisait était au-delà de toute norme ? Pourquoi hier soir cela ? Pour la curiosité ? Je n'en avais pas, parce que je sais ce qu'il y a après, et encore après. Je repensais à la première nuit avec Chloé, quand il y a eu contact. Non, rien à voir. Je lui avais fourré les doigts dans la bouche parce que je sentais que nous aurions pu nous embrasser.
Je lui ai dit que j'avais senti la trop fameuse frontière, que nous l'avions frôlée. Elle, elle n'a rien dit. Sinon quelque chose qui voulait dire : j'ai senti que tu avais besoin de contact en ce moment, alors...
"Qu'est-ce qu'on peut bien faire après ça ?" Laurence fermait les yeux quand elle me caressait. Ce n'était pas des caresses sororales, je pourrais le jurer.
¤
Les bières l'avaient un peu excitée, je me souviens de ses gazouillis entre le bus et le métro. Elle se sentait joyeuse. Et moi, j'avais réussi à rire.
Elle m'a revue cet après-midi, elle a donc bien voulu me regarder encore en face. Nous n'avons pas reparlé de la nuit dernière. Pour quoi dire ? Pour poser des questions sans réponse aux quatres coins de nos paradis, sur de petits coussins déjà trop encombrés.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire