lundi 20 août 2007

la diète est finie

Deux heures que je suis debout et toujours du sable dans la tête. Un torticolis digne des commères de mon village me donne une sorte de hauteur douloureuse. Il pleut. Il pleut. Il pleut. Je bois du thé à la cendre. Je veux arrêter de fumer. J’en peux plus de cette haleine de chacal. J’en peux plus de cette odeur de clodo dans l’appart. J’en peux plus de suer du cendrier mouillé. Ca me sort de partout cette merde. Ca me monte à la tête, ça fait des trucs bizarres dans mes intestins, ça en vient même à me lasser.
Je viens de faire une diète de six jours. Pas fait exprès, pas envie. Le silence. La solitude. Au début, c’est galvanisant. Je ne sentais rien de particulier, si ce n’est... une incroyable légèreté. Je bossais très activement. Puis, progressivement, c’est arrivé. Le tournis, le cerveau qui tourne au ralenti. Même plus capable de faire des mots fléchés niveau 2. Et des insomnies. Et mes côtes flottant dans le dos.
Elle rentre ce soir. C’est fini tout ça.
Elle rentre enfin. Je ne suis même pas sûre de son visage, de son regard. Je ne suis même pas sûre de ses mains. Je sais que c’est elle. Quand nous parlons au téléphone, quand je la lis, je la sais. Quand nous parlons de l’avenir, je la vois comme aujourd’hui. C’est elle, je le sais, mais je ne vois pas ses yeux.
Et je sais que c’est elle pour après et encore après. Je la respecte. Je sais ce que cela signifie maintenant. Ne jamais avoir ce sentiment que je la méprise, ne jamais avoir ce mot aux lèvres : con. Elle me donne cette confiance extraordinaire qui me rend libre. Une bienveillance éternelle. Je ne crains rien. Tant qu’elle est là, je peux tout faire. Je peux conduire, affronter une réunion de parents, être consciente, sans tomber dans les bas-fonds, que je travaille tous les samedis matins jusqu’au mois de mars. Elle ne me dit pas : tu fais un métier de merde qui nous empêche d’être ensemble. Elle ne me dit pas : c’est de ta faute si nous ne construisons rien. Elle me respecte. Elle me dit simplement : ça va aller, je pourrai me lever tôt comme ça et faire des choses. Elle prend en compte mes conseils et les mots que je lui dis. Elle m’écoute quand j’essaie de la protéger. Elle m’écoute quand je suis angoissée. Avec elle, il n’y a pas d’histoires, juste une grande histoire silencieuse. Peuplée de martiens bien à nous que nous ferons pousser dans le calme et la verdure et que nous rendrons à la vie et à la ville une fois adultes. Je l’aime. J’aime nos discussions, j’aime nos projets, j’aime la façon qu’elle a de me chercher, j’aime me blottir contre elle et sentir son ventre sous ma main. J’aime la regarder écrire. Elle m’apaise. J’aime sa fidélité et ses silences. J’aime que ce soit moi dans sa vie. J’aime nos rêveries et nos voyages, nos marches. J’aime quand elle est tout à coup décidée et enthousiaste et soudain tourmentée. J’aime dessiner un sourire sur sa bouche à l’envers. Je la vois comme un funambule marchant sur son filet de protection. Je la vois comme Mario Bros évitant les vides dans un jeu linéaire de notre enfance. J’ai pour elle un amour léger et pur.
Et c’est bien comme ça.

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